Interviews

Anxiété et Créatures avec RONE

Avec On Air Ms, radio de Reims, nous avons eu la chance d’interviewer Rone au terme de sa résidence à la Cartonnerie, la scène de musiques actuelles de la ville. Il nous dit tout sur son nouvel album, prévu pour février! 

Trainee: Salut Rone, alors peux tu me dire en quoi ce nouvel album sera différent des anciens? 

Rone: Je pense qu’il est différent parce que j’ai fais pas mal de collaborations, il y a beaucoup d’invités, beaucoup de voix, des instruments aussi, le guitariste de The National Bryce Dessner qui joue un peu de guitare sur deux morceaux. Donc enfait j’ai l’impression que ce disque est un peu le plus ouvert sur les autres. Les autres je les faisais tout seul dans une chambre, c’était presque égocentrique quoi et là, il y a eu beaucoup de rencontre autour de cet album, c’est mon disque le plus collectif je dirais. Mais paradoxalement c’est un disque que je trouve très intime, j’ai l’impression d’être allé chercher les choses assez profond en moi. Ce qui le rend différent des autres aussi, enfin ce que moi j’espère c’est qu’à chaque fois c’est un petit peu mieux produit, plus complexe enfin en tout cas plus riche en sonorités..

Trainee: Et du coup, si tu devais le décrire en un seul mot cet album? 

Rone: Ha.. Je dirais « Créatures »! Le titre de l’album s’est imposé rapidement car justement le fait de travailler avec d’autres gens, d’avoir des collaborations de voix qui se posent sur une instru, ça m’emmenait parfois sur des territoires un peu inconnus et j’avais l’impression à un moment donné que le morceaux m’échappait un peu et de faire une espèce de « créature » avec mon complice, mon partenaire, Bryce Dessner ou Etienne Daho qui est sur un morceaux aussi. Et j’avais l’impression qu’on faisait un espèce de Frankestein.

On air Ms: Et les artistes avec qui on collabore nous inspirent? De la collaboration résulte autre chose? 

Rone: Oui! Pour les morceaux de cet album, ça partait toujours d’une petite idée que j’avais et à un moment donné, je laissais l’autre personne se sentir libre donc il y avait toujours un moment où je perdais un peu le fil et je rebondissais par rapport à ce que lui avait fait. Ca débloquait même la situation parfois, notamment sur un morceaux où je me sentais un peu bloqué. C’est hyper enrichissant pour ça! Et en même temps pas évident, c’est pas toujours facile mais là ça s’est hyper bien passé même si je sais que les collaborations c’est pas toujours évident. Faut que chacun s’y retrouve, que tous les égos s’y retrouve, mais si ça marche pour moi c’est le summum de la création de bosser avec d’autres gens.

On Air Ms: Du coup cet album a été plus difficile? 

Rone: Ca c’est interessessant, alors enfait le premier s’est fait hyper facilement car j’étais tout seul, j’avais pas de label et tout, je me posais aucune question. Je me souviens même pas d’avoir un jour galéré puisque je faisais le truc instinctivement. Le deuxième a été compliqué, car là il y avait de l’attente d’un label, d’un petit public qui commençait à arriver tout ça, le troisième je dirais qu’il se situe entre les deux. L’acouchement a été plus facile que le deuxième! Ca s’est fait plus naturellement mais il y a eu des phases un peu laborieuses, notamment dans le mixage, on a vraiment poussé le mixage loin!

Trainee: J’ai vu que Juan Atkins avait remixé un de tes morceaux, tu l’as rencontré? 

Rone: Non non, la plupart des gens avec qui je bosse il y a un petit loin mais je dois avouer que Juan Atkins je le connais pas du tout, ça s’est fait par mail! Un monstre sacré vivant qui te remixe c’est un sacré truc!

Trainee: Tes inspirations dans la vie de tous les jours, tu les tires d’où? 

Rone: Alors j’ai l’impression que l’inspiration elle est vraiment partout. Dans la musique forcément, mais aussi dans les rencontres, dans les petits trucs anodins de la vie quotidienne. C’est difficile de cibler la source d’inspiration. Je compose pas un morceaux devant un coucher de soleil! Après tu peux penser à une personne et faire un morceau mais j’ai l’impression que la plupart du temps en ce qui me concerne c’est plus flou, plus vague que ça. Après dans ma méthode de travail, les morceaux se forment vraiment dans la matière, c’est à dire que quand je fais du son, pendant quatre heures il peut ne rien et tout d’un coup bam. J’écris pas la musique, donc c’est plutôt des accidents, du hasard..

On Air Ms: Et comment on en vient à faire de la musique tout seul chez soi, dans sa chambre? 

Rone: C’est marrant car quand tu rentres dedans si tu aimes un peu ça, ça devient vite une addiction. Donc moi j’ai commencé dans une chambre de bonne 9m2 à Paris, j’étais un peu paumé, ni malheureux, ni vraiment heureux. Je savais pas trop où j’allais, du coup je sortais, je faisais beaucoup la fête et puis souvent je revenais un peu ivre chez moi et c’est surtout la nuit que je faisais du son. J’avais pas envie de me coucher tout de suite et j’ai l’impression que c’est surtout la nuit que j’ai appris à faire de la musique. Un peu insomniaque et je faisais de la musique jusqu’à ce que le jour se lève, c’est un peu près à ce moment que je me couchais. C’était pour remplir mes nuits, plutôt que de regarder la télé ou je ne sais quoi, j’avais l’impression de pas perdre mont temps.

On Air Ms: Et avec quel matos tu as commencé? 

Rone: C’est devenu sérieux avec les software enfait. Reason, Ableton. Avant ça j’avais des platines, quelques petits instruis de musique mais c’est devenu sérieux vraiment avec les logiciels puis je me suis intéressé aux synthés et aux machines et j’ai développé un petit studio mais j’ai commencé vraiment avec un ordi.

Trainee: Ta notoriété a évolué d’une manière impressionnante! Vous en êtes où toi et ton égo? 

Rone: Eh ben j’avais demandé un Balisto vert et j’ai eu un Balisto jaune! Non! Je pense que j’ai de la marge avant de péter les plombs et devenir insupportable car je suis un gars hyper complexé, anxieux, je remets tout en question. Bon là je suis content de l’album mais je suis terrorisé du live! Donc c’est dur car là je me dis que je joue dans pas longtemps. Je suis toujours flippé et je pense que c’est à vie. Après faut que je t’avoue que je peux être hyper blessé quand je vois une critique négative. J’essaie de me renforcer par rapport à ça car plus ça va, plus t’es susceptible d’être critiqué, puisque le premier album personne ne me connaissait donc les gens que ça intéressait pas, ils en parlaient pas et ceux que ça intéressait en parlaient. Et maintenant,  les gens qui aimaient peuvent être décus alors j’essaye de lutter un peu contre ça! Faut que je me surprenne au risque de perdre quelques auditeurs, mais peut être d’en gagner quelques autres!

On Air Ms: Cette anxiété elle est omniprésente? 

Rone: Je suis anxieux naturellement mais je pense que c’est une qualité dans la création, de se remettre tout le temps en question, aller plus loin, ne pas rester sur ses acquis, prendre des risques aussi beaucoup. Je pense que ça peut devenir une qualité si tu t’en sers bien.

Trainee: Et ton déménagement à Berlin t’a apporté des choses dans la création? 

Rone: Alors, là je suis rentré en France il y a 6 mois après deux trois ans à Berlin et déjà ça m’a permis de faire le deuxième album, ça m’a complètement nourri pendant deux années. J’avais un super studio, j’ai découvert la ville et pour le coup j’ai l’impression d’avoir été inspiré par plein de choses là bas! Après pas plus que ça, j’ai beaucoup de respect pour la scène électronique allemande, mais ça m’a pas influencé, c’était plus la ville en elle même, les rencontres et la manière de vivre des Berlinois. Très cool, très relax, quand t’as habité à Paris pendant longtemps, ça te remet les pieds sur Terre, tu te dis « Ah mais oui, on peut vivre autrement enfait! ».

On Air Ms: Et qu’est ce que ça fait d’être retourné à paris? 

Rone: Alors je suis pas vraiment à Paris! Je me suis débrouillé pour être à une heure de Paris, c’est provisoire. Mon fantasme était de faire chaque disque dans une ville différente, ou même dans un pays différent si possible. Mais là du coup, ce disque je l’ai commencé un peu à Berlin mais je l’ai terminé dans cette maison de campagne, à une heure de Paris et c’était parfaitement ce qui me fallait à ce moment. J’étais un peu anxieux de rentrer en France mais enfait pour l’instant c’est plutôt agréable. Mais je pense que je bougerais encore! Le prochain album je sais pas où je le ferais, peut être au Kazakhstan ou New York, Saint-Malo..

Trainee: Une petite dernière question, tu peux me dire quand était la dernière fois que tu as fait quelque chose pour la première fois? 

Rone: Wooooouh alors attends, je vais trouver.. Oh bah mon bébé! Ma première petit fille! Ca répond à la question?

Nous avons eu droit en avant première au nouveau live de son prochain album et rassure toi, ça va vraiment, vraiment envoyer du pâté.

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