Interviews

Cabaret vert – On a discuté genres musicaux, Pedro Winter, et masturbation d’avant concert avec DSL

Accompagné de la troupe du Qhuit, ainsi que de Docteur Vince et Gerard Baste, DSL aka David, Stéphane et Lionel ont répondu à mes questions quelques heures avant de monter sur la scène du temps des Cerises à l’occasion de Cabaret Vert 2013. David n’a pu être présent, et Stéphane n’a pas trop parlé car il était fatigué, on peut le comprendre quand on a un rythme de vie signé chez Ed Banger. Mais comme il m’a filé plein de clopes, je l’ai pardonné.
Vous allez tout savoir !

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Trainee : Quand avez-vous commencé à faire de la musique ?
Lionel : Très jeunes enfaite. C’était plus une passion, déjà vers quatorze/quinze ans. David rappait déjà, il écrivait des trucs, mais plus sérieusement en 1998 on va dire, c’est la qu’on s’est mis plus activement à commencer à démarcher des maisons de disques, des éditeurs, même si nos maquettes étaient pas encore à la hauteur à l’époque. Mais ça fait longtemps enfaite, je ne sais pas exactement mais on s’est pris très tôt à écouter de la bonne musique, affaire de famille.

Trainee : Vous avez toujours voulu faire de la musique ensemble ?
Lionel : Non, mais c’est venu naturellement comme tous les trois nous voulions faire de la musique. Au début je pense que tous les trois on se voyait plus rappeurs, compositeurs, musiciens, mais après avec le temps naturellement, les rôles se sont définis. Moi j’étais un peu plus geek, je me suis transformé en sorte d’ ingé son, j’ai fais un peu les arrangements. Stéphane avait un coté plus assidu, créatif.

Stéphane : Manuel !

Lionel : Oui manuel, il fait les prods, et David, qui lui par contre à toujours rappé, écrit, chanté il est un peu le leader interprète du groupe.

Trainee : Donc c’est lui qui écrit les textes ?
Stéphane : Ouai !
Lionel : Même si ça n’empêche pas, comme c’est une affaire de famille, qu’on le corrige, qu’on dise qu’on n’aime pas un couplet ou quelque chose à changer. Enfaite c’est vachement maniable, il n’y a pas de rôles. Ce n’est pas parce que David est chanteur qu’il va dire c’est comme ça et pas autrement et pareil pour les musiques, on se rentre dans le lard et on essaye de tirer un peu le meilleur de chacun.

Trainee : D’ailleurs, il n’y a jamais de discordes ?
Les deux : Si si si si si !

Lionel : A fond, mais après c’est comme Jamel Debbouze dit, ta mère elle vient elle te dit « fais un bisou à ton frère il t’aime, c’est ton frère » ! Mais comme dans tout oui forcément t’as des prises de bec.

Trainee : Vous pensez que c’est plus simple d’avoir un groupe « famille », qu’un groupe hétérogène ?
Lionel : Moi je pense pas, mais ce qui nous sauve le plus, c’est en terme de business, d’avoir fait 33% chacun. Des fois ça évite tous les soucis, les prises de têtes d’égo. Tu vois moi j’écris pas, mais je vais toucher autant que celui qui écrit par exemple et je vais trouver ça légitime car j’ai participé à l’élaboration, la création, à corriger le texte, à soumettre des idées, et comme on n’a pas à justifier ça, on passe déjà beaucoup de prises de têtes. Elles passent à la trappe en reconnaissant le travail de chacun.

Stéphane : Ca évite pas mal d’embrouilles quand même.

Lionel : Mais souvent, t’entends notamment dans les groupes, t’es bassiste et c’est pas toi qui est à la compo, à la fin le groupe fonctionne et si tu te retrouves juste musicien du groupe dans lequel tu t’es investi, que t’as un peu de thunes sur les ventes des disques mais que t’es pas vraiment intégré à la compo, c’est à partir de là que les discordes commence à arriver. Je pense qu’un groupe c’est un peu une vie, tout le monde pareil. Après si tu rajoutes des trucs additionnels pour te grossir sur scène c’est autre chose mais le noyau dur ça doit être un partage.

Trainee : Et comment s’est passé la transition Record Markers à Ed Banger ?
Lionel : C’était assez facile car on arrivait sur la fin avec Record Markers, on avait des projets nouveaux, et eux ne voulaient pas forcément nous inviter à aller dans d’autres directions, nous on n’avait pas vraiment envie de ça. Les fins de contrats sont arrivées, on s’est séparés en bons termes, naturellement.

Trainee : C’est Pedro Winter ( aka Busy P, manager Ed Banger ) qui est venu vous chercher ?
Lionel : Pour la petite anecdote enfaite, on était chez Record Markers, comme moi je m’occupais un peu du business management, les mecs nous ont conseillé de trouver un manager pour pas que je sois et qu’ils soient trop concernés lorsqu’on écoute des maquettes. Donc nous on s’est mis à la recherche d’un manager et à l’époque on a voulu tenter le tout pour le tout, j’ai été voir Pedro et je lui ai dit « Salut, alors il paraît que c’est toi le plus gros manager de Paris, tu voudrais pas nous manager ? »

Stéphane : « Ca lui a fait tout drôle ! »

Lionel : Le mec il nous a dit « Bah j’sais pas heu.. ! » et enfaite une semaine après il nous a rappelé et nous a dit « Bah les mecs écoutez banco, c’est ok on fait un bout de chemin ensemble. » Voilà !

Trainee : Bah dis donc, on ne se refuse rien.
Lionel : Ouai, tu vois comme quoi des fois il faut tenter sa chance.

Trainee : En ce moment on a affaire à beaucoup de musique électro. Pourquoi c’est si important pour vous de garder les paroles ?
Lionel : Je pense que par exemple dans le label de Pedro, il est venu signer un groupe qui correspond pas à ce qu’il a dans son écurie. Après si nous on nous interroge sur le fait qu’on puisse enlever les paroles pour faire totalement de l’électro, bah c’est pas avec ça qu’on est venu à la base. David aime écrire, il a des choses à dire, notre musique a fonctionné là-dessus au départ, on continue sur le chemin, on va pas se plier à un effet de mode. Enfin tu te plies à certains petits trucs, mais pas tout, sinon à la fin tu fais de la House et j’appelle un ricain qui vient faire des voix mais à la fin c’est plus DSL quoi.

Trainee : Vous avez commencé par choisir le genre de musique électro, ou vous avez choisi en premier des textes ?
Lionel : Ce qui nous a amené à mixer comme ça les genres, c’était surtout qu’à l’époque beaucoup de HipHop français explosait, et nous on arrivait la dedans et forcément pour trouver notre place, qu’est ce qu’on va pouvoir apporter comme plus. Et comme on travaillait avec des musiciens notamment quand on était jeunes. Tout de suite ça nous est venu naturellement, y’avait pas de problème à mettre un bassiste, un guitariste ou un synthé saturé sur des compos. Pour nous le rap, ça ne correspondait pas à un sample.

Stéphane : On écoutait de tout, on n’était pas spécialement dans la case hiphop. On écoutait vraiment de tout, reggae, rock..

Lionel : C’est peut être dû à notre métissage aussi, finalement nous on est assez éclectiques et je pense que ça se ressent dans notre musique.

Trainee : D’ailleurs, c’était quoi vos bonnes grosses références musicales quand vous étiez plus jeunes ?
Lionel : On était vachement hiphop, en plus on est pas d’une jeune génération, nous on était vraiment Public Ennemy, Run DMC tout ça, tu vois ça date quand même. A l’époque, y’avait vachement de clivages, c’était « ceux qui écoutaient le rap », « ceux qui écoutaient le ska ». Aujourd’hui un gamin dans son ipod il a tout. Je vois des mecs autant cultivés en terme électro, que hiphop, que soul music et tout ça, c’est impressionnant d’ailleurs. Nous on a plus connu par exemple, les mecs qui écoutaient le reggae, ils écoutaient le reggae, fallait pas leur parler de ci ou de ça. Mais bon c’est intéressant, et forcément internet ça facilite pas mal de choses. Mais je trouve que c’est bien pour la culture musicale, pour les gens. Ca sert à rien de rester que dans un truc.

Trainee : Qu’est ce que ça vous apporte de jouer en festival par rapport aux salles ? Niveau ambiance etc.
Lionel : Bah surtout par rapport à Paris, ou les mecs sont dans un truc un peu pointu, où ils viennent limite te pointer leur portable à la gueule en disant « met ce track là », alors que t’es pas jukebox, ce que j’aime bien en festival c’est qu’il y a un vrai état d’esprit. Les gens qui viennent en festoche sont des gens qui viennent passer un bon moment et notamment sur la découverte de nouveaux artistes. A la base on pensait ça plus risqué, mais on a fait quelques gros festivals genre Sonar ou Roskilde à Copenhague où on s’est dit « Ouah mec, tu te pointes y’a 5000 personnes tu vas te ramasser », et enfaite le festivalier est un mec qui est là pour des nouvelles sensations, il va pas te dire à la fin forcément que t’es un dieu et que c’est mortel mais il te donne ta chance alors que dans d’autres trucs un peu plus privés, « branchés », tout de suite tu vas être dans le jugement. Les festivaliers, je pense que c’est eux qui font progresser les nouveaux groupes, qui permettent l’émergence de plein de nouveautés. Et pourtant c’est pas un univers que je connaissais, je faisais très peu de festivals quand j’étais jeune mais les mecs m’ont montré que c’était là que ça se passait. Il n’y a que dans des festivals comme ça que tu vas voir des groupes de la région qui vont réussir à gratter leur place, parce que personne va juger, peut être que ça va plaire, et va savoir dans deux ans tu les revois en tête d’affiche.

Trainee : Revenons à Ed Banger, qu’est ce que ça vous a fait question égo d’être signés sur le plus gros label électro ?
Lionel : Moi je vais pas dire que ça m’a pas touché. Bon déjà pour le coup, c’est vrai qu’on retourne voir Pedro et à cette époque on est plus avec Record Markers, et lui il explose avec Sebastian, Uffie. J’ai une carte à jouer c’est-à-dire mon coup de fil je peux le passer qu’une fois. Donc nous on bosse de notre coté, je viens avec une dizaine de morceaux, je me dis que là tout se joue et cet enfoiré il me regarde dans les yeux et il me fait « Putinnn mais c’est ouf ! Venez on fait un maxi les mecs ! » et là je fais « Ouai bah ouai normal, bah oui ». Alors que j’étais super heureux tu vois. Je sais pas comment ça a été perçu par leur « fan base » à eux, mais j’arrive totalement à comprendre les choix de Pedro qui veut s’ouvrir à plein de genres, parce que si t’écoutes bien, SebastiAn est totalement différent de Justice, Justice d’Uffie, Uffie de Mehdi ainsi de suite. Je pense que Pedro a une vision plus large de la musique. Et nous on l’a quand même connu à un moment où c’était une grosse période hiphop, il mixait hiphop, il a une culture hiphop assez incroyable et nous on était juste séduits. Je connaissais les Daft Punk mais de nom, je connaissais « Around the world » mais c’est tout. Alors quand en plus tu débarques et que tout ça te tombe sur la tête.. Ce qui nous a le moins impressionné, c’est que comme on était chez Record Markers, pour nous aussi déjà à l’époque, première signature, groupe de rap de Sarcelles signé dans le label de Air, t’es là tu te dis « mais il se passe quoi ? ». C’était déjà un bon gros label.

Trainee : Qui était signé dessus à l’époque ?
Lionel : Sebastien Tellier, Arpanet, Klub des Loosers, Turzi.. Enfait il y avait plein de groupes qui suivaient c’était du à la compile « I hear voices » et donc nous on était un peu ce cheveux dans la soupe. « I hear voices » c’était un truc un peu élitiste et d’un coup ils mettent notre morceau « les beats qui tapent fort » en plein milieu. Et c’est ce qui a été aussi une belle aventure avec eux, ça a donné quand même un album, une compil, et un maxi.

Trainee : Ca vous tombe toujours dessus sans que vous vous y attendiez vraiment enfait ?
Lionel : Oui, et en plus ce genre de trucs ça va vite. Tu vois on s’est tapé le défilé Christian Dior pour Hedi Slimane. Pour nous c’était pas un choc forcément culturel mais un peu quand même, forcément nous on venait de notre petite banlieue et c’est vrai que dans ton quotidien tout ça, ça te change. Quand t’es dans le devant VIP du défilé et que les mecs de France 2 arrivent « Bonjour Air, bonjour Record Markers, voilà les artistes qui ont composé la musique du défilé », c’est assez incroyable. Le créateur Hedi Slimane, la première fois qu’il nous a vu on était avenue François Ier chez Christian Dior, dans une sorte d’appartement improbable de 900m², le mec s’allonge parterre et te dis « Ouai tu vois, mois ce que je cherche dans la musique .. », là tu dois trouver ton attitude du coup moi aussi j’me suis allongé parterre et j’ai fais « Ouai.. ». Pour la rigolade le mec m’a donné trois mots, genre des onomatopées et j’ai répondu « Ouai ! Je vois très bien où tu veux en venir ! » Après c’est pas non plus un gros décalage, je l’ai pas vu vraiment comme une réussite phénoménale.

Stéphane : Non, comme une belle aventure, un tremplin.

Lionel : C’était un tremplin, et surtout les choses bougent vite.

Trainee : Oui, ça vous a permis de rebondir, en gros.
Lionel : Oui, après de nos jours, beaucoup de groupes diront la même chose, déjà de vivre de notre métier c’est génial mais à ce moment là pour nous le plus important c’était d’être arrivé à quelque chose parce que tu vois quand tu commences la musique, rien ne te garanti qu’au bout de cinq ans ça continuera. J’en ai eu plein des bons amis, qui pourtant sont talentueux et qui m’ont fait « Moi la vie m’a rattrapée et salut quoi ». Et persévérer quitte à avoir que quelques résultats, t’es quand même content.

Trainee : D’ailleurs, qu’est ce que vous auriez fait si ce n’avait pas été de la musique ?
Stéphane : Je sais pas du tout

Lionel : Non mais tu vois, mon père il était patron de café, et ce qui est sûr c’est que je vois la musique comme un truc d’artisan donc je pense qu’au pire des cas on aurait monté notre affaire.

Trainee : Donc musique dans tous les cas ?
Les deux : Oui !

Lionel : Quelque chose qui te permet de créer, même en terme d’emploi finalement c’est pas si loin, si tu peux faire profiter tes potes.. Enfin quelque chose de vrai, pas quelque chose d’ancré dans la société, genre faire ça pour exister, être bien, avoir ta baraque, ta voiture à crédit..

Adrien : Dernier coup de folie que vous avez fait, niveau musical ?
Lionel : Alors moi j’ai craqué 45000 euros dernièrement pour m’acheter une chaîne en or, j’ai pété un câble, non c’est une connerie hein ! Nan pas vraiment de coup de folie enfaite, on est assez posé dans nos vies, l’argent on aime bien le réinvestir pour s’acheter du matos, faire du studio. Mais en même temps je pense que c’est une vrai folie, tu vois genre tous les sept mois ils sortent un nouveau synthé et si on pouvait se l’acheter on le ferait et quand on peut le faire, on le fait. Genre acheter un compresseur à 3000 euros, il y a des gens qui comprennent pas mais nous c’est notre passion quoi.

Adrien : Tu peux donner quelques noms des logiciels ou du matos que vous utilisez ?
Lionel : On est en version assez simple, on travaille sur un gros G5, on a une 0.3 en carte son. Ca reste une petite carte basique. Mais aujourd’hui le truc a tellement évolué, que avec très peu t’arrives à faire des bonnes choses. Mais après le matos, ça vient, ça repart, c’est plus pour se faire plaisir, ça peut être sur un micro, ça peut être sur plein de conneries. C’est pas, pour moi, une passion sur l’objet en soi, on est pas ingé, on a pas un studio mais on aime bien avec les bonnes choses au moment où on en a envie et s’en séparer quand on en a plus besoin.

Trainee : Vous avez un petit rituel avant/après concert ?
Lionel : Comme a dit Camille Lacour, le mec qui fait de la natation « Ca m’arrive de me branler un peu avant », mais après c’est pas pour ça que tu réussis forcément ton concert ! Hahahaha

Trainee : Et c’est quand la dernière fois que vous avez fait un truc pour la première fois ?
Stéphane : Trop dur la question ! On a tout fait ! Non, mais on fait souvent la même chose.

Lionel : Mais, c’est pas antinomique ça ? Trop compliqué pour moi. Oui on fait souvent la même chose enfaite. On a fait une première fois forcément, mais qu’on fait tout le temps, et ça ne sera pas la dernière fois, on est dans le progrès !

Merci DSL !C’est après l’interview et leur concert que j’ai rencontré David et passer du temps avec eux. Vous saurez tout à l’occasion du Report, et de l’interview de Baste et Vince, bientôt disponibles également sur Trainee Records.

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