Interviews

Cabaret Vert – On a discuté line-up, bouffe bio, et camping avec Christian Allex, programmateur.

« Christian Allex« , c’est un peu le métier que j’aimerais faire plus tard. Ca tombe bien, puisque ce ‘touche à tout’ a répondu à toutes mes questions. Ca vous fait plaisir?  Je peux vous dire que moi aussi.Christian-Allex-31Photo: POB

TraineeREC. Es tu originaire de Charleville Mézières ?

Christian : Non, je suis originaire de Bourgogne.

TraineeREC. Et maintenant, tu vis ici ?

Christian : Non, je ne vis pas ici, je suis resté vivre en Bourgogne par attache personnelle.

TraineeREC. Cela fait combien de temps que tu travailles pour le Cabaret Vert ?

Christian : Ca va faire trois ans.

TraineeREC. Comment en es tu arrivé à travailler pour le Cabaret ?

Christian : Enfaite, vraiment par hasard, je bossais pour un projet musical et marionnettes que je voulais monter pour un autre festival pour lequel je travaille qui s’appelle Les Eurockéennes de Belfort et dans lequel je voulais donc réunir des marionnettes et des artistes de musique. Du coup on m’avait dit qu’il y avait l’école de marionnettes à Charleville Mézières, j’ai voulu les rencontrer, travailler un peu avec eux, réfléchir au projet, puis là j’ai rencontré Julien Sauvage qui est adjoint à la culture de Charleville et qui a monté le Cabaret Vert et donc on s’est rencontré, on s’est plutôt bien apprécié et je suis allé voir une première année ce festival que j’ai trouvé étonnamment sympa, bricolo, pas hyper bien foutu dans le montage, un peu comme ça, désordonné, mais vachement sympa au niveau de l’âme humaine, de comment les affaires se construisaient. J’ai vu que comme ils étaient un petit festival, beaucoup d’agents refusaient de leur vendre des groupes ou en tout cas de les rappeler quand eux, donnaient des contacts pour voir des groupes. Mon réseau de boulot faisait que je trouvais ça un peu injuste donc j’ai commencé à appeler des agents en leur disant «  Ecoute ça serait peut être pas mal que tu laisses Tricky ou Birdy Nam Nam sur le Cabaret, c’est un truc super et tout.. » Et petit à petit on s’est de mieux en mieux entendu, je suis rentré dans l’équipe et ils m’ont proposé de prendre la programmation et donc maintenant ça va faire trois ans, voilà.

TraineeREC. Tu t’y prends environ combien de temps avant pour commencer à organiser ?

Christian : La programmation, c’est vraiment toute l’année. Pour tous les projets sur lesquels je travaille, je les travaille vraiment toute l’année. J’assemble les choses en fonction des tournées d’artistes. Le Cabaret, c’est un projet qu’on mène vraiment toute l’année, on se voit assez régulièrement pour faire un point sur l’artistique, donner des pistes sur lesquelles j’aurais envie qu’on se positionne, comment on a envie d’agencer les soirées etc. Là on va finir lundi matin le festival, on va se laisser un temps de latence jusque fin septembre et on va se revoir début octobre pour réattaquer un peu le positionnement des choses.

TraineeREC. A la base, pour avoir ce que vous avez à la fin, combien demandez-vous d’artistes ?

Christian : De plus en plus enfaite, je dirais que pour avoir 100% de la programmation, il faut faire environ 250% d’offres. C’est-à-dire que les artistes aujourd’hui sont toujours très indécis sur les périodes de tournée, savoir si ils vont tourner ou pas, les artistes qui sortent un nouvel album, les jeunes artistes, les anciens artistes, est ce qu’ils vont venir ou pas, est ce qu’ils viennent en DJ, en live.. ?
Donc du coup on se retrouve avec plein d’artistes qui nous intéressent, on fait des offres, on essaye d’aller au plus près des négociations et au dernier moment on s’entend dire « Ah bah non finalement je ne vais pas tourner ». Donc oui aujourd’hui bizarrement, on se retrouve à faire 250% d’offres pour 100% de la prog’, ce qui est énorme.

TraineeREC. Sur quoi vous basez vous pour choisir les artistes ?

Christian : Il y a une part d’égoïsme, que ça nous plaise énormément, il y a une part de « vu sur scène », je me ballade pas mal à travers le monde sur pas mal de festivals donc je vois pas mal de groupes sur scène donc j’ai vraiment envie qu’il y ai quelque chose de fort, on parlait de Bomba Estereo tout à l’heure, c’est vraiment un groupe que j’ai vu plusieurs fois en Colombie, que j’ai fait venir sur différents projets, c’est un groupe qui m’a a chaque fois subjugué sur scène, là je savais qu’ils allaient venir fin Aout alors je me suis dit que sur le Cabaret, ça allait le faire, car c’est un groupe à l’énergie pure. L’idée aussi dans la programmation ici, c’est pas de faire de la pop mélancolique ou hyper enrobée car je pense pas que le festival soit dans cet état d’esprit. L’idée c’est d’aller un peu à l’énergie aussi, d’avoir des groupes qui tout de suite saisissent le public, donnent tout de suite une énergie positive, qui vont mettre tout de suite la banane au public car on a un public qui est assez jeune et qui a vraiment envie de se lâcher. C’est une boule d’énergie enfaite les gosses qui sont devant les scènes donc ils veulent un truc qui va tout de suite les faire exploser, qui va les mettre dans un état d’émotions assez fort quoi. Je ne dis pas qu’on est sur une culture « bourrin », mais l’idée c’est quand même d’avoir un truc « tac » tout de suite ça te prend et t’as envie de faire tout de suite des bonds dans tous les sens. C’est pour ça qu’on finit aussi beaucoup les programmations de soirées par de l’électro car voilà, il y a un côté « on veut finir en faisant la fête ». On essaye de respecter le rythme de vie enfaite.

RCV : Est-ce qu’il y a un groupe justement qui se démarque par rapport à la programmation ?

Christian : Un groupe comme Alt-J par exemple, c’est un groupe qui n’est pas tellement dans ce côté énergie puisque l’album est assez bien travaillé, c’est un petit écrin assez léger, et c’est vrai que sur scène c’est quelque chose de pointu ou faut vraiment rentrer dans l’univers, sauf que bizarrement ce groupe quand il est sorti, c’est devenu un groupe de Geeks tout de suite, c.-à-d. que c’est devenu un groupe que la génération web, la génération de gars qui écoutent de la musique électronique ont tout de suite adopté car ils ont trouvé ça assez intelligent dans la manière de construction et qu’il y avait une énergie qui montait. Ca  fait penser aussi à des groupes à l’époque de Ninja Tunes, qui étaient dans le même esprit malin de construire des choses un peu électronica et c’est vrai qu’Alt-J au départ c’était un peu antinomique par rapport au projet du festival et ils sont arrivé sur scène les gens étaient dingues. Il y a eu un vrai truc puissant.

Et comment fais tu pour caler les horaires ?

Christian : C’est assez compliqué, car il y a les groupes qui veulent jouer de nuit parce qu’ils ont un show de lumières, mais nous des fois, on ne veut pas les faire jouer de nuit car musicalement ce qu’ils font ne correspond pas. Il y a le routing de tous ces groupes là en fonctions des autres concerts qu’ils donnent. Il y a la cohérence du plateau artistique, pour essayer de rester dans une cohérence de journée. Par exemple Crystal Castles, Boyz Noise hier, je voulais vraiment que ça joue sur la même journée. J’étais très content aussi qu’Offspring arrive dans l’affiche car c’était un bon lien avec les Bronx puis d’aller vers Crystal Castles, on avait plusieurs pendants de la culture « punk ». Des fois on a beaucoup de chance et tout s’emboîte plutôt bien.

TraineeREC. Les artistes prennent tous dans la même tranche de prix ?

Christian : Ah non non, tu en as qui prennent 500 euros, et d’autres 100 000.

TraineeREC. Quel artiste avez-vous payé le plus cher cette année ?

Christian : Les têtes d’affiches, Offspring, Deftones, Le Wu Tang.. Honnêtement on se débrouille pas trop mal sur le Cabaret dans les négociations de prix par rapport à ce que peuvent payer d’autres festivals, on arrive encore à faire tenir le truc, parce que le festival est pas cher en prix d’entrée, donc les agents arrivent parfois à comprendre quand même. On leur montre aussi que notre économie est un peu resserrée.

TraineeREC. Qu’est ce que tu penses de l’uniformisation des programmations sur trois des gros festivals de l’été : Les Eurockéennes, Rock en Seine et le Cabaret ? Car il faut avouer qu’on a un peu eu la même programmation.

Christian : Franchement cette année, c’était le hasard, aux Eurock’ on a beaucoup plus de groupes, environ 75 sur 4 jours, on va plus au fond des choses, on a 4 scènes, on va plus au fond des choses sur les groupes de Rock’n’Roll, les groupes de Hip-Hop, on en met beaucoup plus. Ici au Cabaret, on peut donner plus un aperçu. Des fois je discutais avec Major Lazer ou A$AP Rocky au moment des Eurockéennes et je ne pensais pas qu’ils allaient revenir fin Aout tu vois. Et après comme j’ai vu qu’ils revenaient fin Aout, j’ai voulu les faire revenir sur la Cabaret, mais si tu prends l’année d’avant, c’était très différent la programmation de ces trois festivals. Mais quand le programmateur de Rock en Seine a vu l’affiche du Cabaret c’est vrai qu’il a tremblé parce qu’on a la même programmation quoi. Mais c’était vraiment un pur hasard cette année. Après Rock en Seine, les Eurocks et le Cabaret, tout est différent, c’est pas la même ambiance, pas les mêmes lieux, pas le même prix, pas le même état d’esprit..
RCV : D’ailleurs votre site est magnifique, le camping, la disposition des scènes..

Christian : On a travaillé un peu le camping là, car l’année dernière c’était cra-cra.

RCV : Tu t’es inspiré d’un festival que tu as fait ?

Christian : Non, on s’est juste dit qu’il fallait faire propre, car l’année dernière on attendait 7000 personnes sur le camping, on était débordé donc on n’a pas voulu se faire avoir du coup on a vraiment travaillé le camping pour que ce soit assez sympa quoi. Et la déambulation c’est une déambulation assez naturelle par rapport au projet. Au départ il y a quatre ans, toute la partie de la deuxième scène c’était un camping, on a trouvé ça dommage car c’est un très beau lieu donc on a viré le camping un peu plus loin et on a refait une scène.

RCV : Vous avez fait une super installation, car si on veut se remettre de ses émotions, il y a Le temps des Cerises, qui est un peu plus intimiste, quoi que hier avec Qhuit c’était le carnage, super bonne ambiance, puis aller voir un autre concert avec des bonnes bières, de la bonne bouffe, on dirait qu’il y a quand même un gage de qualité qu’on retrouve vraiment pas sur les autres festivals, c’est par rapport au partenaires, la région qui veut ça ?

Christian : Non, ça c’est encore de l’égoïsme, c’est le collectif qui a monté le festival qui est comme ça, qui a envie d’avoir quelque chose de garant et de différent par rapport à l’uniformisation pour le coup, plus que la programmation. Beaucoup de festivals et beaucoup d’évènements aujourd’hui sont uniformisé sur les produits, sodas, bières, kebabs. Ici la vrai démarque, c’est que on y voit pas de grande marque de bière très connue, que des bières artisanales, très peu d’annonceurs, très peu de logos, la bouffe pareil, on voit pas de stands de forains, ceux qu’on voit à peu près partout dans les évènements. Là on a vraiment des produits qui sont fait localement.

RCV : C’est quoi l’endroit délabré à coté de nous ?

Christian : La Macérienne, le projet de réhabilitation a été validé, on va le transformer en salle de concert. A partir de 2016 le dernier tiers deviendra une salle de musique actuelle, de 600 places, un bar concert, un café restaurant dans l’esprit bio et une école de musique. On va essayer d’urbaniser, mais urbaniser «  vert » afin que les gens puisse aller faire des joggings le week-end, etc.

TraineeREC. D’ailleurs comment vous gérer les riverains ?

Christian : Ah bah ça gueule, mais c’est de mieux en mieux. On a fait une réunion avec les riverains, 300 personnes ont été invitées, seulement 30 sont venues, et sur les 30, 2 ont gueulés donc à priori ça se calme, les gens acceptent le truc. Et maintenant il y a une sorte de fierté grâce à la notoriété grandissante. On a de la chance sur le cabaret, d’avoir une proximité de ville où il y a une vraie culture musicale, que ce soit Reims, Lille, la Belgique proche alors que dans le Sud la musique est pas tout à fait dans les mœurs.

Merci Christian Allex, d’avoir répondu à nos questions.
Merci à RCV, de nous avoir prêter le matos.
http://www.rcv-lille.com/

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